Dans les bus du Sri Lanka, le voyage est une expérience en soi. La musique hurle dans les haut-parleurs, le chauffeur conduit pied au plancher, téléphone à la main, donnant des coups de volant dignes d’un pilote de rallye. Le bus est bondé. Chacun s’agrippe où il peut. L’allée centrale déborde de passagers, les enfants sont sur les genoux, des sacs de riz et de pommes de terre s’entassent sous le siège du chauffeur. Les plus agiles restent suspendus aux portes ouvertes, luttant contre les virages brusques pour ne pas être éjectés.
Au milieu de la foule compacte, une femme coincée dans l’allée pose tranquillement son sac à main sur la tête de Loïc pour fouiller sa monnaie. Elle éclate de rire : « C’est plus pratique ! »
Dehors, le chauffeur zigzague à coups de klaxon sur les étroites routes sri-lankaises. Toute la vie du pays semble s’y dérouler. Les boutiques débordent sur la chaussée, tuktuks, scooters et vélos s’arrêtent à peine sur le bas-côté. Vaches, chèvres et passants traversent au milieu du flot de véhicules. Et, imperturbables, des chiens dorment sur l’asphalte au cœur du chaos.
Dans le bus, une Sri-Lankaise nous raconte son projet : huit heures de bus aller-retour pour prier et déposer une offrande au temple bouddhiste de Gatabaruwa Raja, réputé pour sa forte spiritualité. « Le voyage en vaut la peine », assure-t-elle. Elle nous propose de l’accompagner.
Munna oublie de préciser un détail, le temple est perché au sommet d’une colline. Nous l’atteignons à pied, bagages sur le dos. Un bon entraînement, avant le Népal.
Là-haut, une centaine de fidèles gravitent autour des bâtiments. Prières collectives, plateaux d’offrandes, fumée des bâtons d’encens : l’atmosphère est dense. Munna nous explique patiemment les gestes et les rituels bouddhistes auxquels elle se livre.
Mais ici, les véritables maîtres des lieux sont les singes. Rapides et audacieux, ils surgissent pour dérober les fruits déposés au pied des statues de Bouddha, disparaissant en quelques secondes sous les cris et les rires des fidèles.