« Diesel niet ! » Cinquième station sans carburant. Depuis dix kilomètres déjà, l’aiguille de la jauge danse dans la réserve. Sur la carte, la prochaine pompe est indiquée à… 90 km. Impossible. Autour de nous, la steppe brûlée s’étend à l’horizon, balayée par un vent qui soulève des murs de poussière. Le petit village ressemble à un décor abandonné, volets clos, pas une boutique ouverte, pas un sourire pour nous accueillir.


Deux Kirghizes surgissent sur leurs motos. « Station à 15 km, diesel », assurent-ils. On tente. Klaxon bref : Krzys et Joanna réapparaissent, ils tombent à pic après notre séparation à Och la veille. Ils roulent avec deux réservoirs, 180 litres en réserve nous annoncent-ils gaiement. Soulagement.


Les motards disaient vrai. Nous faisons le plein et le convoi repart vers le sud, vers les montagnes.


Au camp de base du pic Lénine, il ne reste plus que des conteneurs, portes scellées, lieu fantôme balayé par le vent.  On continue à pied, jusqu’à la « passe des voyageurs ». Au départ du sentier, des plaques rappellent le nom des alpinistes ayant passé leurs dernières instants sur ces crêtes.


Devant nous, un glacier déroule son tapis blanc sur treize kilomètres. Plus haut, les cimes immaculées s’élancent avec une grâce froide et irréelle. La beauté est saisissante.