La voix de Madonna grésille dans le petit bureau du poste de frontière tadjik. Quelques dollars suffisent pour un tampon. Dehors, sous l'immense portrait flambant neuf du président, un garde, l’uniforme élimé, réclame des pansements, un autre des cigarettes.
La terre gelée craque sous les pas, le vent est sec et coupant. Une porte laisse entrevoir l’intérieur d’un vieux conteneur rouillé : des lits superposés en fer et un petit poêle fumant où bout une marmite d’oignons. De l’autre côté de la montagne, le poste kirghize paraît presque luxueux. À 4 075 mètres d’altitude, la vie tient à quelques braises et du thé brûlant.
L’air se raréfie. La montée nous réchauffe. Sous nos pieds, les pierres dévalent la pente. Au sommet, le lac Qarokul se dévoile. Une étendue d’un bleu d’acier. Autour, des montagnes couleur cendre.
Au bord du lac, une poignée de maisons blanches en torchis battues par le vent. Ni arbre, ni voiture, pas même un cheval, seulement des enfants sur des vélos trop grands. Des femmes au foulard serré, seaux en main viennent puiser l’eau à la pompe du village. Nous les imitons pour remplir nos jerricans.
Les visages s’éclairent à notre passage. Des anciens, coiffés de chapeaux de laine, viennent inspecter le 4x4, curieux. Leurs gestes sont calmes, les regards doux. Ici la beauté nait de sobriété, les vêtements, les maisons, même les mots sont réduits à l’essentiel.