Nous commençons à prendre l’habitude des invitations café. À Bako, Archil bricole sous le capot de son vieux camion orné d’une étoile CCCP. En nous apercevant, il relève la tête et nous interpelle d’un geste amical. Quelques minutes plus tard, nous le suivons jusqu’à sa maison.
Ici, toutes les habitations sont des assemblages de bois et de tôle, dressés au milieu des parcelles que chacun cultivé. Dans les vallées de l’Adjara, la population est en grande partie musulmane.
Asmat nous accueille près du feu où chauffe une marmite de lait. Elle nous sert un pain tout juste sorti du four et un fromage maison encore frais. Archil parle russe. Il a effectué trois années de service militaire à Moscou. J’en comprends quelques mots, assez pour suivre les grandes lignes de la conversation.
Nos hôtes gardent leurs petits-enfants pendant les vacances. Les quatre garçons courent autour de la maison. Entre deux discussions, Archil nous propose de nous guider jusqu’à la cascade, puis jusqu’au lac Karagol, où il possède une maison d’été. Dans deux semaines, il quittera le village avec sa femme et ses vaches pour passer la belle saison là-haut, accroché aux montagnes.
En chemin, de petits hameaux apparaissent sur les pentes. Malgré leur isolement, ils sont habités. Les familles vivent dans leurs maisons de bois, exposées aux caprices du climat et reliées au reste du monde par une unique piste de terre cabossée.
Archil doit reprendre son travail, il aide un ami à construire sa maison. Avant de nous quitter, il nous conseille de passer la nuit au bord du lac.
En fin de journée, quelques pêcheurs patientent en silence sur la rive. Rien ne mord. Pourtant, l’un d’eux tient absolument à nous offrir son repas. Nous échangeons finalement son plat épicé contre un kilo de pêches.
Lorsque la nuit tombe, l’humidité s’installe. Elle s’infiltre partout : dans les matelas, les vêtements, les couvertures. Au bord du lac, le silence est total. Seuls demeurent la fraîcheur de l’air et l’impression d’être loin de tout.