La pluie battante n’a pas découragé les baigneurs. Tout l’après-midi, les voitures se succèdent devant le vieux bain délabré. Des groupes d’hommes, quelques femmes et des adolescents en descendent pour profiter de son eau sulfureuse malgré le froid humide qui enveloppe la vallée.


L’atmosphère est étrange. Bocal de chacha à la main, les hommes vont et viennent entre le bassin et leurs véhicules. Beaucoup sont déjà ivres. Même certains garçons d’à peine douze ans titubent.


Avec les autres voyageurs, Loïc observe la scène à distance. Trois vans sont stationnés : des Espagnols, des Tchèques et des Slovaques. Les Géorgiens, chaleureux mais souvent éméchés, multiplient les invitations à partager leur chacha. Quelques-uns deviennent insistants, s’exprimant dans un charabia incompréhensibles. L’un d’eux arbore une imposante croix gammée tatouée sur le torse.

L’ambiance finit par nous mettre mal à l’aise. Nous choisissons de nous éloigner de cette fête improvisée et d’organiser notre propre soirée autour d’un feu.


À mesure que la nuit tombe, autour des flammes, les voyageurs échangent leurs bonnes adresses, leurs conseils de route et les anecdotes accumulées au fil des kilomètres. Le lendemain on s’entraide pour bricoler. Un clignotant cassé, quelques outils sortis des coffres, et chacun met la main à la pâte.