Depuis Vladivostok, notre Land Cruiser montre des signes de faiblesse. Les vitesses passent mal, la marche arrière résiste, et la 5e empire au fil des kilomètres. Nous faisons un léger détour vers Blagovechtchensk, où Alexander, rencontré sur le ferry depuis la Corée, nous a invités à séjourner chez lui.
À notre arrivée, la famille Lensky nous ouvre grand les bras : Alexander, Margarita et quatre de leurs sept enfants nous accueillent comme des proches. Ambiance chaleureuse et attentionnée. Alexander se met en quête du meilleur garagiste, il nous emmène chez un spécialiste des boîtes de vitesse : ambiance garage à l’ancienne, pièces éparpillées, odeur d’huile, Toyotas éventrées. Verdict : il faut ouvrir la boîte. Rendez-vous dans quatre jours.
En attendant, la famille nous propose de rester chez eux. Margarita veille sur nous comme une mère, les filles cuisinent avec cœur, les garçons nous aident à obtenir des roubles via un système d’échange en crypto monnaie. Les cartes bancaires étrangères étant inopérantes en Russie, nous contournons les sanctions via Binance, transfert à Alexeï, retrait en liquide.
Alexander, infatigable, trouve les pièces nécessaires au 4x4 : disque d’embrayage, joints, huile, pièces de boîte de transfert. Certaines doivent être commandées via un magasin Toyota, depuis une usine en Chine.
Les soirées sont douces, promenades au bord de l’Amour. En face, la Chine (ville de Heihe) brille de mille feux : immeubles rouges illuminés, grande roue projetant des pubs en russe. Côté russe, les lumières rivalisent d’intensité, comme un duel électrique entre deux mondes.
Blagovechtchensk, ville moderne et dynamique, tranche avec les paysages soviétiques traversés jusqu’ici. Moscou y investit, misant sur les échanges avec la Chine voisine, me dit-on.
Chez les Lensky, tout respire la générosité. On partage des repas, des chants, des histoires. Margarita chante au piano, ses enfants l’accompagnent d’une même voix. Leur foi baptiste rythme le quotidien. Le dimanche, nous assistons à la messe, habillés selon la tradition. Puis nous nous rendons à un baptême dans la rivière Zeïa, un moment émouvant, ponctué de chants et de bouquets de fleurs