Sur la route interminable vers le lac Baïkal, nous avançons à raison de 400 km par jour.


Chaque soir, nous cherchons un coin tranquille, près d’un lac ou d’une rivière. Robyn et Paul, nos amis australiens, nous rejoignent chaque soirs. Par prudence, on préfère camper à plusieurs, même si nous n’avons jamais été inquiétés.


Un soir, Robyn nous envoie les coordonnées GPS de leur bivouac : au bord d’une rivière, près d’un pont ferroviaire. « Un peu bruyant », prévient-elle, « mais on peut s’y baigner. »


À peine arrivés, une voiture de sécurité surgit. Deux hommes, en tenue militaire, en descendent précipitamment. « Drone ! Vous utilisez un drone ! » lancent-ils en russe. L’un pointe Loïc et Paul, l’autre est au téléphone. On sort nos traducteurs : « Passeports ! », ordonne-t-il.


Une deuxième voiture arrive. Un policier, plus calme, apaise les tensions. Loïc sort le drone, qu’on dépose sur le capot. Une troisième voiture débarque avec quatre hommes en civil. L’un d’eux parle anglais : « Special police officer », se présente-t-il.


S’ensuivent 1h30 de contrôles : fouille des véhicules, des téléphones, interrogatoire. Ils connectent nos portables à un dispositif pour vérifier toute activité suspecte. « Mesure anti-terroriste », nous dit-on.


Ils s’intéressent surtout au drone. On explique qu’il n’a jamais été utilisé en Russie. C’est un modèle léger, autorisé. Mais ici, le lieu est sensible. Ils exigent la suppression des photos où apparaît le pont. L’un d’eux précise : « Ici, on n’hésite pas à abattre un drone en vol. » Loïc craint la confiscation, mais rien de tel : ils comprennent qu’on est de simples voyageurs mal garés.


À l’exception du premier militaire, les officiers sont restés corrects, voire compréhensifs. Ils nous escortent ensuite vers un lieu de bivouac plus adapté.


Nous avions entendu parler de ce genre d’incident sur cette route. Ce ne sera peut-être pas le dernier. Ça fait partie de “l’expérience Russie”. Leçon du jour : éviter les infrastructures sensibles.