La route s’étire dans la vallée du Wakhan, lumineuse, encadrée par des montagnes ocres. Des murs bas, des toits plats, nous traversons une succession de villages de pierre. Partout, la vie semble paisible.
À chaque traversée, des enfants accourent, main sur le cœur, éclats de rire dans la poussière. Certains courent à nos côtés, lançant les quelques mots d’anglais qu’ils connaissent. Leurs visages s’illuminent d’une joie sincère. Les habitants nous saluent, d’un sourire ou d’un signe invitant à s’arrêter, les gestes sont accueillants. Les auto-stoppeurs que nous embarquons nous invitent spontanément à boire le thé, l’hospitalité est une coutume.
Les peupliers dorés bordent les champs, les canaux murmurent entre les pierres, et l’eau claire du Panj serpente au fond du couloir montagneux. On se croirait projeté dans un autre temps. De l’autre côté, les villages afghans paraissent si proches qu’on croirait pouvoir leur parler.
Mais la vallée garde un œil vigilant sur la frontière : des miradors de pierre ponctuent la route, des jeunes soldats patrouillent fusil à l’épaule. Plus loin, des postes militaires ponctuent les hameaux. Leur présence est constante mais discrète.
Je m’arrête pour photographier la lumière du soir sur les crêtes, À peine ai-je levé l’appareil qu’une voix tonne : « Niet photo ! ». Sur un rocher, au-dessus de la route, un soldat me fixe, bras tendu, ordonnant d’avancer. Pas question de flâner en dehors des villages.