Dans le train vers Jaipur, le voyage prend une autre dimension. Une famille nombreuse, quinze personnes, rentre d’un mariage. Un mariage arrangé, comme il en existe encore beaucoup ici. Ils racontent, images à l’appui : plusieurs jours de cérémonies, parfois jusqu’à deux semaines. Une célébration centrale et sacrée.


« One pic ?! » La demande revient sans cesse. Les Indiens veulent un selfie. Au début, on sourit. Puis l’insistance surprend. Certains ne demandent même plus. Des femmes accourent, se placent à côté de moi, désignent l’objectif. On me lance parfois un enfant dans les bras, comme un accessoire improvisé. Étrange sensation : devenir attraction, un personnage de parc d’attractions.


Dans les rues, les femmes captivent. Les saris éclatent de couleurs, brodés, ornés de strass et de voiles. Les bijoux scintillent à chaque mouvement. Jeunes ou âgées, elles affichent une coquetterie constante. Le henné dessine leurs mains et leurs pieds, leurs cheveux longs sont soigneusement coiffés. Les femmes semblent porter au quotidien un costume de princesse.


Puis, au détour d’une rue, le hasard frappe encore. Une procession. Fanfare, éléphant, dromadaires richement décorés. Les cuivres résonnent, la foule s’anime. Les hommes, en blanc et turbans safran, avancent avec fierté. Les femmes, en saris orange, accompagnent le cortège.

La scène célèbre la déesse Gauri, lors du festival de Gangaur. Au centre, Diya Kumari, petite-fille du dernier maharaja, apparaît sur un char, entourée de caméras et de regards.


Loin de cette effervescence, le calme revient au village voisin. Là, le temps semble suspendu. Le Panna Meena Ka Kund dévoile ses escaliers géométriques parfaits. Un puits à degrés, ancestral, au fond duquel nagent des tortues. Autour, les temples usés par le temps évoquent une cité oubliée.