La veille du départ, on bivouaque sur une plage déserte. L’eau est limpide. Seul un Hilux avec cellule campe à l’autre bout de la baie. À son bord, un couple d’Australiens d’une soixantaine d’années.
Loïc les connaît via un groupe Facebook. Ils prennent le même ferry que nous.
C’est notre première rencontre avec d’autres overlanders. L’écart d’âge s’efface rapidement : l’esprit léger, passions partagées, l’ambiance est détendue. Trois jours ensemble sur le ferry nous attendent.
Baignade matinale. Puis, dernier grand ménage : lavage du Land, rinçage du châssis, vérification des niveaux, linge à laver.
Tout est prêt, on est presque à l’heure, il ne reste plus qu’à se rendre au rendez vous fixé par les douaniers.
Loïc tourne la clé… rien. Le moteur reste muet.
Panique.
On sort les pinces : aucun effet.
Re-panique.
Heureusement, on a cette batterie de secours. On la branche. Et miracle : le moteur rugit.
On arrive juste à temps.
Ajout sur la to-do liste :
- Remplacer la batterie de secours en arrivant à Vladivostok
Dernières formalités nippones.
Nous passons l’après-midi à errer en boucle entre les bureaux de douane, le Land Cruiser, la poste, puis les locaux de la compagnie maritime. Un ballet administratif sans fin, rythmé par les tampons, les signatures, les validations. Heureusement, les agents japonais sont à l’image de leur pays : courtois, patients, impeccablement serviables. Leur calme transforme les tracas en formalité presque agréable.
Le Land, lui, est confié pour la nuit aux autorités portuaires.
Nous passons la nuit dans une petite auberge locale.
Le propriétaire, chaleureux, parle un anglais irréprochable. Il nous interroge sur le voyage avec curiosité et admiration.
Une immense mappemonde trône dans l’entrée de l’établissement : chaque client y plante une punaise à l’emplacement de son lieu d’origine.
Heureux de piquer sa première punaise sur la Nouvelle-Calédonie, il la place solennellement.
Je savoure mon dernier bol de ramen.
Le lendemain matin, les douaniers accompagnent Loïc jusqu’au Landcruiser, je retiens mon souffle : pourvu qu’il démarre sans caprice.
Soulagement, le grondement familier retenti.
Le 4x4 s’éloigne et disparaît dans les entrailles du ferry.
À nous d’embarquer, on trainent nos 6 sacs sur le pont. Le capitaine met les gaz et le monstre s’éloigne. Sur le quai, douaniers, agents de sécurité et employés de la compagnie, tous nous saluent de grands gestes, sourires aux lèvres. Ils sont à l’image de leur pays, précision méticuleuse, chaleur discrète et courtoisie sans faille. Le perfectionnisme japonais va nous manquer.