Les bras en l’air, claquant des doigts à la manière tadjike, j’essaie de suivre le rythme. Loïc, lui, se réfugie derrière sa caméra.

Sur l’estrade, la mariée, drapée de soie, incline la tête pour saluer ses convives. Le marié, hilare, porté par ses amis, vole au-dessus de la foule.


Nous étions venus par hasard, en route vers le lac Alaudin. Le chemin barré et cadenassé, on fait demi-tour. Puis la musique a retenti au creux de la vallée. On s’est approchés, croyant à une fête de village.

À peine arrivés, on nous tire par l’épaule, on nous assoit à une table croulant de plats.


Les hommes occupent les quinze tables dressées dans la cour. Ils mangent, boivent et dansent. Les femmes, debout à l’ombre d’un châtaignier, observent. Quelques-unes dansent à l’écart, mains ondulantes, gestes d’orfèvre. Des frimousses d’enfants curieux dépassent des murets, des femmes regardent depuis leur fenêtre.


L’accueil est immédiat, généreux, sans attente. On nous sert du plov, du thé, des sourires. Le père du marié, exalté et insistant, nous abreuve de vodka. On nous ressert sans relâche.

Le professeur d’anglais s’improvise traducteur, Le chanteur veut nous dédier une chanson. On nous pousse à danser, il faut honorer les époux. Le père rit, tape dans ses mains.

« Ça porte bonheur d’avoir des étrangers à son mariage »


Je suis la seule femme assise parmi les hommes. En tant qu’étrangère, je reçois les mêmes égards. Poignées de main, tapes sur l’épaule, verres de vodka. On me sert, on fait danser. Un privilège un peu déroutant. Partagée entre la fierté d’être accueillie et le désir de rejoindre les femmes sous l’arbre, spectatrices, à l’arrière-plan.


Le soir venu, Daler, le professeur d’anglais, nous invite à passer la nuit chez lui. Sa maison, modeste et soignée, compte trois pièces recouvertes de tapis et la cuisine, dans laquelle toute la famille est rassemblée : sa femme, sa mère, ses trois enfants, ses nièces. Tous s’affairaient à nous honorer.


Une pièce nous est réservée, décorée avec soin. La nappe est déployée au sol, les plats s’empilent : thé, fruits secs, confiture maison. Daler, fier et réservé, parlait un anglais appliqué. Les femmes passent furtivement, déposant de nouvelles assiettes avant de disparaître derrière la porte. La tête du plus jeune garçon en profite pour passer, sourire jusqu’aux oreilles, curieux mais trop timide pour entrer.

 

La nuit tombée, on retire la nappe pour faire place à un lit de couvertures. Dans la cour, les toilettes : un trou dans une planche, derrière un mur de pierre. Feuilles d’écolier en guise de papier. Dans la cuisine, les filles dansent devant la télévision, encouragées par leur mère et leur grand-mère. Quand elles nous aperçoivent, elles s’enfuient en riant.


Le lendemain, le petit-déjeuner était prêt. Daler et les enfants, en uniforme, posent pour une photo, visages graves, fiers. Avant le départ, ils nous offrent des abricots du jardin, des fruits secs, du chocolat. Nous repartons le cœur plein, emportant surtout une leçon de générosité.