Dans la jeep de safari, tout le monde somnole encore. Le réveil à trois heures du matin a été rude. Mais le lever du soleil sur la rivière nous tire de notre torpeur. Dans la fraîcheur matinale, buffles et cerfs aux bois majestueux broutent paisiblement sur les berges, sous l’œil indifférent de quelques crocodiles alanguis.
Les martin-pêcheurs et les guêpiers, au plumage éclatant, virevoltent autour de nous.
Le chauffeur conduit avec entrain, jusqu’à ce qu’un appel radio le fasse brusquement accélérer. Nous nous retrouvons bientôt coincés dans un embouteillage improbable : des dizaines de jeeps immobilisées au cœur de la plus grande réserve naturelle du Sri Lanka.
Sous une chaleur étouffante, nous attendons quarante longues minutes avant d’apercevoir l’objet de cette agitation : un léopard, paresseusement endormi sur un rocher au milieu du lit asséché d’une rivière. Il s’étire nonchalamment, indifférent aux centaines de smartphones braqués sur lui.
Ce que nous retenons surtout, c’est la beauté brute du parc. Les oiseaux, les reptiles, la vie foisonnante qui nous entoure nous touchent bien davantage que cette attente fébrile. Et surtout, les éléphants croisés à plusieurs reprises, parfois à quelques mètres à peine du véhicule, imposants et majestueux, gravent en nous des souvenirs.