Sur les hauteurs de Shatin, deux oursons dévalent une pente en roulés-boulés, jusqu’à la rivière. Leur mère les surveille sans relâche tandis qu’un troisième petit la suit de près, fouillant maladroitement sous les pierres pour l’imiter. D’un coup de patte puissant, l’ourse retourne les rochers à la recherche de nourriture. Depuis le petit village en face, nous les observons pendant des heures, fascinés par cette scène sauvage et paisible.


Notre patience amuse Slovik, passant juste derrière nous. « Venez boire un café ! » lance-t-il avec un sourire. Chez lui, Liza remplit aussitôt la table de chocolats, de fromage et de fruits secs. En Arménie, un café ressemble vite à un festin.

Dans la cour de leur petite ferme, entre les poules trop curieuses et les traductions hésitantes sur téléphone, la conversation s’installe naturellement. Slovik insiste pour que nous restions dîner. Demain, c’est l’anniversaire de Liza : impossible de repartir si vite.


Ils nous entraînent dans leur jardin débordant de pruniers et de cerisiers, puis jusqu’au vieux monastère de Shativank, accroché à la montagne. Liza nous montre comment elle fabrique son fromage. Il ne leur reste qu’une seule vache : l’une a été vendue pour financer son opération du cœur quelques mois plus tôt, les autres sont tombées malades. Ici, la vie rurale reste fragile, rude parfois, mais portée par une hospitalité désarmante.


Le soir, nous goûtons au khash traditionnel, un ragoût de boeuf mijoté pendant des heures.

Le lendemain matin, nous repartons les bras chargés de miel, de noix et de fromage maison. Liza et Slovik nous embrassent comme des grands-parents.


Quelques kilomètres plus loin, arrêt à la fontaine d’un village pour remplir les réserves d’eau. Un vieil homme à casquette nous observe un instant avant de lancer : « Votre téléphone parle arménien ? Alors venez boire un café ! »


Dans son jardin envahi de vignes, Babula, ancien viticulteur, nous sert son vin maison avec une nouvelle avalanche de douceurs. À l’ombre des treilles, la conversation dérive vers la politique et le sommet Arménie–Union européenne qui se tient alors à Erevan. Encore une rencontre improvisée, comme l’Arménie semble si bien les offrir.