Les rosiers poussent comme des mauvaises herbes. Leurs racines soulèvent les trottoirs, s’accrochent aux murs fissurés et débordent en cascades rouges, blanches ou orange. Le béton des vieux immeubles soviétique, gris et craquelé, est adoucie par cette végétation inattendue. À chaque coin de rue, des vendeurs de fraises alignent leurs seaux débordantes de rouge. Et partout, les fontaines publiques murmurent une eau glacée qui apaise la chaleur de l’été. Tous les cinq cents mètres, on s’arrête boire quelques gorgées.


Nous confions le Land Cruiser au carrossier. La rouille a fini par percer à plusieurs endroits ; C’est le moment de panser les blessures de notre compagnon de route. Pour la première fois, nous abandonnons complètement le véhicule. D’ordinaire, nous surveillons les réparations, observons chaque geste, participons au diagnostic. Cette fois, il faut accepter de lâcher prise et faire confiance.


Immobilisés une semaine à Erevan, nous retrouvons la petite famille française. Dans les pubs du centre, les discussions s’étirent tard autour des bières fraîches et des récits de voyage. Nous profitons le calme d’un petit studio loué pour quelques jours : rattraper l’administratif, alimenter le blog, préparer la suite du trajet. Et dormir, beaucoup.


Nous prenons le temps de découvrir une autre Arménie, plus culturelle et plus intime : une représentation de Pagliacci à l’opéra, puis les salles silencieuses du musée d’Histoire de l’Arménie. La chaleur tombe lentement sur les façades de tuf rose. Dans les parcs fleuris, nous marchons bercés par les notes d’un guitariste. La capitale continue de bruisser doucement autour de nous.