–8 °C à l’intérieur. On se réveille le nez gelé. Loïc, emmitouflé sous la couette, soulève un bonnet tombé sur ses yeux. Décidément, cette couette d’expédition était un bon investissement.
La neige recouvre presque tout le pays, dont 90 % du territoire dépasse les 1 000 mètres d’altitude. La route est panoramique : une succession infinie de pics blancs se découpe à l’horizon. Sur l’asphalte, on retrouve les vieilles Lada. Tantôt rutilantes, tantôt rongées par la rouille, elles transportent bottes de paille ou agneaux ligotés.
Comme à son habitude, le Land Cruiser et sa galerie chargée ne passent pas inaperçu. Les regards s’y accrochent, quelques mains se lèvent en réponse à mon salut. Ici, la pudeur a remplacé la spontanéité familière de l’Asie centrale.
Un détail surprend : partout, en ville et dans les villages, le linge sèche à l’extérieur. Malgré le froid mordant, des tissus colorés flottent entre les immeubles, défiant les températures négatives.
Les mosquées de mosaïques et palais luxuriants ont cédé la place aux monastères sombres et aux églises orthodoxes. Le décor est austère. Des murs de pierre noire s’élèvent vers de hautes voûtes, quasi nues, ponctuées que de petites croix de bois. Les cierges allumés par les visiteurs peinent à réchauffer l’atmosphère glaciale.