À Ushguli, les tours de Svanétie dominent le paysage, l’affluence touristique commence à se faire sentir. Depuis le village, une piste de gravier remonte la vallée jusqu’au glacier de Shkhara, dont les sommets culminent à plus de 5 000 mètres.


À bord du 4x4, nous progressons lentement entre les randonneurs et les chevaux montés par des touristes peu expérimentés. Sur les derniers centaines de mètres, la piste se resserre entre les rochers et les arbustes. Les branches griffent la carrosserie, les pierres secouent le véhicule et quelques marcheurs, contraints de s’écarter, nous adressent des regards peu amicaux.

Puis la piste débouche sur une colline dominant la rivière. Face à nous, le glacier apparaît dans toute sa majesté. Le grondement de l’eau, les parois minérales et les neiges éternelles composent un décor grandiose. À cet instant, les secousses du trajet sont déjà oubliées.


Sur la route de Shovi, nous nous arrêtons dans un village pour profiter d’une connexion internet retrouvée après deux jours d’isolement.

À peine stationnés, un homme frappe à la vitre :

—    « Un problème ? »

Loïc lui répond que tout va bien.

—    « Alors venez manger, le repas est prêt ! »

Impossible à refuser cette invitation spontanée.


Nous prenons place sur la terrasse aux côtés de son frère et d’un ami. Son fils, qui parle anglais, nous rejoint rapidement. Sur la table s’accumulent du veau mijoté, de grands pains traditionnels encore chauds et un bidon de cinq litres de vin pétillant maison qui ne cesse de remplir les verres.

—    « Ici, on ne part pas avant d’en avoir bu trois. Et on boit cul sec ! »

Loïc invoque la conduite pour échapper au rituel. Je n’ai pas cette chance.


Les toasts s’enchaînent : à la paix, à l’amitié, à la paix. Les verres se vident aussi vite qu’ils se remplissent. Deux heures plus tard, nous reprenons finalement la route, le cœur léger et la tête un peu plus lourde. La sieste s’impose d’elle-même.