Les tambours résonnent, les haut-parleurs crachent une musique digne d’un film d’action, tandis qu’une voix grave entonne des mantras qui envahissent le quartier. Sur les rives du Gange, la cérémonie du soir attire une foule compacte. Des centaines de personnes se pressent, certains grimpent sur les barques amarrées pour mieux voir.
Au centre du regard collectif, de jeunes prêtres orchestrent une chorégraphie millimétrée. À la main, des lampes de feu qu’ils font tournoyer avec précision. La nuit s’illumine, les volutes d’encens s’élèvent, les costumes colorés scintillent. La foule prie à l’unisson, répétant inlassablement les mêmes mantras. L’atmosphère est à la fois mystique et électrique. Le rituel, appelé Ganga Aarti, est une offrande au fleuve.
Sur les marches, des enfants circulent entre les corps serrés. Ils vendent de petites coupelles de fleurs et de bougies à déposer sur le fleuve. D’autres proposent une bénédiction marquées d’un point sur le front, des bouteilles d’eau, des rubans aux couleurs de Shiva. Les terrasses des hôtels, surplombant le fleuve, affichent complet. Les meilleures vues s’achètent. Les barques aussi deviennent des tribunes flottantes. À Varanasi, la foi ne s’oppose pas au commerce : elle l’alimente.
Quand les flammes s’éteignent, la foule se disperse lentement. Certains descendent les marches et entrent dans l’eau. Ils s’immergent entièrement, comme pour se purifier.
Mais au lever du jour, le décor change. Le long des Ghats de Varanasi, les réalités s’entrechoquent. Plus loin, les bûchers funéraires du Manikarnika Ghat consument les corps sans interruption. Les cendres rejoignent le fleuve. À quelques dizaines de mètres, des familles bénissent leurs nouveau-nés. Ailleurs, des hommes se lavent, brosse à dents à la main, comme dans un bain public à ciel ouvert.
Les eaux du Gange reçoivent tout : les rites, les déchets, les espoirs, les caniveaux. Des vaches errent sur les berges, des singes observent depuis les immeubles, des chiens fouillent les marches.
Sur une terrasse, un serveur brandit un bâton, il tente d’éloigner des singes trop audacieux. En vain, les macaques s’emparent d’un butin avant de disparaître. Des sâdhus décharnés, parfois recouverts de cendres, proposent des bénédictions contre quelques pièces. Partout, les offrandes et la foi structurent le quotidien.
Dans les ruelles étroites de la vieille ville, les voitures sont impossibles. Les motos, elles, slaloment à toute vitesse frôlant les piétons. La scène est digne d’un « James Bond ». La tête d’une vache surgit parfois dans les restaurants, repoussées sans ménagement. Et au-dessus, sur les fils électriques, des singes se chamaillent… et arrosent parfois les passants malchanceux.