En Arménie, les kilomètres avancent lentement. La faute à la gourmandise. Sur les bords des routes, les étals débordent de fraises éclatantes, d’asperges sauvages, de tomates gorgées de soleil, de miel et de noix. Impossible de ne pas s’arrêter.
Les villages traversés semblent suspendus entre deux époques. Les façades, souvent brutes et austères, portent encore l’empreinte soviétique, où le pratique dominait l’esthétique. Mais derrière les murs, les jardins explosent de vie : arbres fruitiers, fleurs, vignes et potagers luxuriants. Beaucoup de maisons, elles, tombent lentement en ruine, abandonnées depuis l’exode rural des années 1990.
Chaque poteau électrique, chaque vieille cheminée est couronnés d’immenses nids de branchages, d’où une tête blanche dépasse. Les cigognes ont fait leur nid partout dans les campagnes.
Aux abords du parc national de Khosrov, nous trouvons un refuge discret. Une marche dans les collines qui ferment la vallée nous mène jusqu’à une vaste prairie balayée par le vent. Face à nous, l’Ararat domine l’horizon. Avec ses sommets dépassant les 5 000 mètres, la montagne mythique, où l’arche de Noé aurait trouvé refuge après le Déluge, impose la contemplation.
Tout semble plus lent : l’air frais, les herbes hautes qui ondulent et cette lumière douce de fin de journée donnent au paysage une sérénité ancrée.