La tête du Bouddha gît toujours au pied de la falaise, visage arraché. On nous raconte que les Bouddhas, vieux de treize siècles, ont été pulvérisés à la roquette en 2001. Il ne reste que la paroi excavée, vide, et quelques fragments épars au sol. Malgré tout, le site impressionne : la falaise entière est criblée de grottes, reliées entre elles par des escaliers et de longs couloirs tubulaires.


On croise des familles venues de Kaboul pour le week-end, d’autres de Bamyan. Quelques-uns parlent anglais. Très vite, au fil des échanges, la même question revient : comment partir pour la France, pour l’Europe ?

L’un raconte avoir tenté l’Iran, clandestinement. Interpellé, il a été renvoyé après plusieurs mois. Les visages sourient, mais les voix trahissent parfois l’inquiétude d’un avenir trop étroit. On parle de départ comme d’un horizon fragile.

Deux garçons à vélo s’improvisent guides : un anglais impeccable, un sourire fier, et cette joie palpable de pouvoir échanger avec des visiteurs.


Le village, lui, semble posé hors du temps. Des maisons de terre battue, d’autres troglodytes, et ces vérandas de fortune, quelques troncs et du film plastique tirée comme un emballage. La rue principale s’est muée en bazar, saturée d’échoppes et de vendeurs ambulants, comme dans toutes les villes du pays.


La réputation des habitants de Bamyan, les Hazaras, n’est pas usurpée : l’accueil est spontané, presque insistant. À Kakrak, un autre site historique dans un village voisin, des hommes nous font de grands signes depuis de petites bâtisses en terre : « Venez boire le thé ! ».

On comprend vite l’agitation : un mariage touche à sa fin. Des femmes drapées de robes éclatantes brodées de strass, voile scintillant et talons dans la poussière, traversent la cour en cadence. L’une d’elles, un anglais parfait, nous accueille au milieu des regards curieux et des sourires timides.


Je suis entraînée dans une pièce étroite où s’entassent les femmes et le jeune couple, figé sous les regards. Loïc, lui, est conduit sur le toit, parmi les hommes qui remuent un gigantesque qabuli.


Chez les femmes, l’ambiance est électrique. L’une porte une enceinte sur l’épaule, une autre fait défiler les morceaux sur son téléphone. On me presse d’entrer dans leur cercle : « Toi, tu peux danser ! Allez, danse pour nous ! » Apparemment, seuls les mariés sont autorisés à se dandiner.


Elles forment un cercle autour de moi. Je m’exécute, un peu prise de court, tentant quelques gestes appris lors d’un mariage tadjik. Elles éclatent de joie, frappent des mains, filment, rient. Les mariés, eux, restent impassibles, presque absents au milieu de la fête. Je leur adresse un sourire, main sur le cœur. Aucun retour. Ils semblent être les seuls, ici, à ne pas partager la fête.

Une vieille femme, hilare, me prend dans ses bras.