Dans le parc national de Band-e-Amir, on s’extrait enfin de la tension qui étreint le pays. L’air devient plus léger et le silence apparaît. Une parenthèse bienvenue.
Le 4x4 s’engage dans un canyon étroit, oscille sur les rochers, frôle la paroi. Au bout du défilé, une plage tranquille s’ouvre sur un lac d’un bleu minéral, la même teinte que le lapis-lazuli omniprésent en Afghanistan. Les plastiques accrochés au vent rappellent la fragilité des lieux. Le soir, un renard discret nous souhaite la bienvenue.
Au bord du lac, les cascades se déversent du plateau supérieur et sculptent des bassins glacés en contrebas. On s’amuse à glisser sur les plaques de glace quand trois jeunes pachtounes nous abordent. Ils proposent un joint, vantant la pureté du produit. On décline en riant. Puis vient, la question incontournable : « Comment obtenir un visa pour la France ? » Difficile d’expliquer sans écraser l’étincelle d’espoir dans leurs yeux. On échange nos numéros, une invitation pour un thé à Kaboul, et cette phrase qui revient toujours : « Que puis-je faire pour vous aider ici ? Dites-moi. »
Un peu plus loin, un groupe d’amis venus de Kaboul pour s’aérer un week-end nous convie à leur pique-nique. Ils sont issus des communautés Tadjiks, Turcs, Aimaks : un petit puzzle du pays. Au menu : ragoût de mouton, tomates, oignons, versé sur du pain, l’un des meilleurs plats que nous ayons goûté.
L’incertitude plane à chaque premier contact. Comment me comporter ? Puis-je leur parler directement ? Seront-ils fermés à l’échange ou au contraire heureux de discuter avec une étrangère ? Une légère gêne me saisit toujours.
Alors j’observe, je reste prudente. Mais souvent, l’atmosphère change rapidement : regards doux, gestes mesurés, la conversation s’ouvre naturellement. On me traite avec une retenue respectueuse, non excluante. Pas de poignée de main, mais une tête inclinée, une main sur le cœur. La présence de Loïc facilitent les échanges et sert de passerelle.
Après ces démonstrations d’hospitalité, on reprend la route vers le sud. On s’arrête pour nettoyer le filtre à air : depuis la Russie, la poussière devenue notre fidèle compagnon. Elle couvre tout, annihile même le panneau solaire malgré un soleil implacable. À peine nettoyé, tout redevient ocre.
Un vieil homme aux dents dorées surgit, hilare, compresseur à la main. Probablement sourd, il hurle des phrases que nous ne comprenons pas. Il réclame, qu’on l’emmène en France. Il rit de bon cœur. Puis il nous invite à dormir chez lui, insiste pour nous inviter à dîner. Devant tant d’enthousiasme, on se sent à la fois touchés et embarrassés. On refuse poliment. La route jusqu’à Ghazni est encore longue.