Sur la route du col de Tosor, nous scrutons la vallée jumelles en main à la recherche d’une Lada jaune.

Jildiz, rencontré plus tôt alors qu’il regroupait ses cinquante yaks, nous a invité à boire le thé chez lui, d’un signe de main : « la maison est par là ». Son seul indice : « il y a une Lada jaune. »


Après des kilomètres d’incertitude, nous la trouvons enfin. Une femme au foulard coloré sourit et nous accueille. Deux chiots chahutent dans ses jambes. Je lui montre la photo de Jildiz, c’est bien sa maison.

À l’intérieur, chaleur étouffante du poêle. Sur le mur, un vieil article de journal en guise de décoration. Bunisa pétri le pain rond traditionnel.


On s’installe autour de la petite table, garnie comme à l’habitude en Asie centrale : bonbons, sucre, biscuits, thé, crème épaisse. Elle coupe le pain encore chaud, insiste pour que l’on mange toujours plus. La crème, riche et douce, fond sur la langue. Elle nous montre l’outil avec lequel elle la fabrique. Ses gestes précis valent toutes les traductions. On parle famille, bétail, nomadisme, voyage.


Jildiz rentre, heureux de nous voir. Ses yeux brillent sur son visage tanné. Toujours un œil sur ses bêtes, jumelles en main, radio en poche. Ici, aucun réseau, seulement les voix grésillantes des voisins.


L’invitation à rester pour la nuit nous tente, mais la route appelle. L’hiver approche. On promet de revenir en novembre, dans leur maison d’hiver.