La piste de jeeps s’étire encore jusqu’au village de Khangsar, à 3 800 mètres. Ensuite, la poussière disparaît et la montagne reprend ses droits. Les mules remplacent les motos.

Le chemin devient plus rude. Pierriers instables, passages étroits, chutes de pierres qui balaient parfois le sentier. L’approche du camp de base du lac Tilicho demande patience et attention.


Lorsque nous arrivons enfin, la fatigue nous tombe dessus d’un coup. Pousser la porte d’une auberge chauffée ressemble à une petite victoire.


Dehors, la neige commence à tomber. En quelques minutes, le paysage se transforme. Les toits, les chemins, même les chevaux disparaissent peu à peu sous un manteau blanc. 


Réveil à 5 heures. Dans la nuit glaciale, le défilé des frontales sur le sentier menant au lac Tilicho confirme que l’ascension est possible. La veille encore, la tempête de neige faisait hésiter les guides.


Il fait –18 °C. Une cuillère de beurre de cacahuète avalée à la hâte, et nous partons. La neige tombe toujours et le ciel est entièrement blanc, sans horizon. Pourtant, l’altitude se laisse apprivoiser et nous atteignons sans difficulté les 4 900 mètres.


Une brève éclaircie dévoile enfin le lac Tilicho, figé sous la neige. Le spectacle est silencieux. Mais le vent se lève brutalement, mord les doigts et chasse toute envie de s’attarder.

Quelques minutes seulement au bord de l’eau glacée, puis il faut repartir.


Nous regagnons l’auberge juste avant que la tempête ne reprenne de plus belle. Une vraie tempête de montagne, qui a coupé l’électricité et nous condamne à rester au camp de base jusqu’au lendemain. Une excuse parfaite pour une longue sieste.


Le soir, un groupe d’étudiants népalais nous rejoint autour du feu. Le propriétaire de l’auberge raconte ses histoires de haute montagne : il affirme avoir aperçu deux fois la panthère des neiges. Et ce poêle de 95 kg autour duquel nous sommes tous serrés ? Un seul porteur l’aurait monté jusqu’ici.