Après des centaines de kilomètres à travers un désert ocre, seulement ponctué de quelques arbustes desséchés, l’apparition soudaine d’une rangée de dattiers tient du mirage. À l’entrée de la palmeraie, un ancien village abandonné depuis plus d’un millénaire dresse encore ses murs. Vestiges historiques pour les uns, terrain de paintball rêvé pour Loïc.
Un homme à moto nous salue, puis nous guide vers une rivière salée. Nous nous élançons dans le lit de la rivière, bousculant les roseaux et les canards qui bronzaient en paix.
En amont, l’oasis se dévoile d’un seul coup : un bassin bleu alimenté par une cascade tout droit sortie d’un conte des Mille et Une Nuits. Nichée dans un canyon étroit, l’eau fait naître la vie au cœur d’un désert où l’on ne croise pas même un insecte. Nous plongeons dans ce bassin qui, en aval, irrigue plusieurs kilomètres de verdure.
Sur la berge, Sajede et sa famille ont dressé leur pique-nique. Ils nous invitent avec la générosité chaleureuse propre aux Iraniens.
À la tombée de la nuit, nous nous retrouvons seuls sur le plateau dominant le canyon. Assis sur nos chaises de camping, nous contemplons ce décor improbable, baigné par la pleine lune, lorsque soudain des hurlements résonnent sous nos pieds. D’autres retentissent, plus proches, derrière nous. L’écho se propage jusqu’au village.
Ce ne sont probablement pas des loups, mais quelque chose d’assez inquiétant pour nous pousser à remballer nos affaires à une vitesse record. Trois secondes plus tard, nous voilà barricadés dans le Land Cruiser. Lampe torche à la main, Loïc scrute le plateau : plusieurs paires de petits yeux scintillent dans la nuit. Curieux, il tente de les attirer avec quelques restes de son dîner. Le menu du soir : riz au quinoa, peu prometteur pour la faune locale.
Les hurlements redoublent. Les yeux se rapprochent. Un coup de torche et les silhouettes se révèlent : une bande de chacals qui glisse, tête baissée, dans les entrailles du canyon.