Nous embarquons Abul avec nous. Il rentre chez lui, à Kaboul. À peine trois minutes après avoir quitté l’hotel, un taliban nous arrête : « La femme doit monter à l’arrière. » Interdiction formelle de rester assise à côté d’un homme qui n’est pas de ma famille. Les 425 kilomètres jusqu’à la capitale, je les ferai à l’arrière du 4x4, mal calée contre les sacs.


La route se transforme vite en goulot d’étranglement. Camions surchargés, carrosseries multicolores et frises peintes à la main. La pollution pique les yeux, l’air est lourd, presque opaque. De petites échoppes bricolées s’alignent le long de la chaussée : fruits secs, grenades, et surtout, boissons énergisantes. Tout est couvert d’une poussière épaisse qui efface les contours du paysage.


Dans les embouteillages, les enfants des rues frappent aux vitres. Ils ont entre cinq et dix ans, le visage plein de poussière. Certains vendent du sucre fondu dans une casserole fumante, d’autres mendient. L’un tente même de grimper à l’échelle arrière. Nous sommes assaillis de toutes parts. Des femmes en burqa sillonnent le milieu de la route pour demander l’aumône. Une vieille femme voûtée pousse son troupeau au milieu du chaos. Klaxons, fumée : tout le monde se faufile, coûte que coûte.


On fait halte dans une chaykhana, maison de thé faisant office d’hôtel restaurant à la propreté plus que douteuse. On nous installe dans une chambre, la salle commune étant réservée aux hommes. Un plastique étendu au sol en guise de table. Assis en tailleur, sans couverts, nous partageons un kabuli, pilaf de riz parfumé, simple et savoureux.


La nuit tombe sur l’Hindou Kouch. Nous dormons dans la voiture, à quelques mètres des camions rangés pour la nuit. Abul est ravi : il dormira dans la tente de toit, comme un enfant en expédition. À l’aube, nous reprenons la route et attaquons la montée d’un col à 3 800 mètres. Les camions, fatigués, attendent en file indienne que leurs moteurs refroidissent.