A 5 416 mètres d’altitude, l’air se raréfie : on y respire deux fois moins d’oxygène qu’au niveau de la mer. Une réalité qui se ressent à chaque pas au col de Thorong La Pass.


Départ tardif, à 5 heures, dans une nuit glaciale. Le choix est stratégique : laisser partir les groupes guidés pour suivre leurs traces dans la neige épaisse. Sous la lumière des frontales, les empreintes deviennent un fil d’Ariane indispensable.


Très vite, le terrain se durcit : des pentes raides plongent dans le vide, recouvertes d’une neige fraîche et instable. L’exercice devient périlleux. Les premiers mètres relèvent presque de l’alpinisme. Les crampons accrochent mal, l’équilibre est précaire. Ici, l’erreur n’est pas permise. Chaque pas est posé avec soin, enfoncé dans les traces existantes. Le souffle est court, les mains crispées sur les bâtons.


Puis, progressivement, la montagne s’ouvre. La pente s’adoucit, le soleil dévoile lentement les sommets environnants.


Dans ce décor extrême, les porteurs impressionnent encore. Certains avancent en baskets, chevilles nues, sans bâtons, jogging en coton. Leur endurance force le respect, autant que leur exposition au danger.


Après deux heures et demie d’effort, le col apparaît enfin : une arche de drapeaux de tibétains flottant dans le vent. Les trekkers s’y retrouvent, immortalisent l’instant. Mais le froid mordant écourte les célébrations.


La descente vers Muktinath est rapide. Derrière nous, le col disparaît déjà, laissant une sensation mêlée d’épuisement, de soulagement et de fascination.