Traverser le glacier de Ngozumba est une expérience saisissante. Sous nos pieds, la glace craque, parfois gronde. De petits éboulements ponctuent le silence. Mieux vaut ne pas quitter le sentier.
À la sortie, le lac de Gokyo apparaît. Le pic Machermo domine la scène, austère. En contrebas, le village, baigné de lumière, évoque une station balnéaire, improbable au cœur de l’Himalaya.
Ici, à plus de 4 700 mètres, certains lodges proposent un confort inattendu, jusqu’aux fauteuils de massage électriques. Une absurdité presque dérangeante, quand chaque ressource est acheminée à dos d’hommes. On choisit la simplicité d’une maison de thé sans prétention.
L’après-midi se perd dans les nuages. La neige s’invite, danse contre les vitres. On attend l’allumage du poêle en jouant aux échecs.
Deux jours durant, la tempête impose le repos. Puis, soudain, le ciel s’ouvre. Équipés de crampons, nous gravissons le Gokyo Ri (5 357 m). Là-haut, le spectacle est total : Everest, Lhotse, Makalu, Cho Oyu, les géants sont là, immobiles et écrasants.