Les porteurs avancent en silence. Le souffle est court, mais régulier. Jusqu’à cent kilos sur le dos, ils enchaînent les kilomètres et avalent les dénivelés, jour après jour. Penchés vers l’avant, le regard rivé au sol, ils ne voient que leurs pas. À nous de nous écarter.


Sur le sentier, les caravanes de mules et de yaks se croisent, se bloquent parfois, formant de véritables embouteillages. Les groupes de touristes en route vers le camp de base saturent le chemin. Dans la descente, il faut slalomer, éviter, patienter.


Nous retrouvons Louise et Boris, un couple de Français déjà croisé à Katmandou et Pokhara. On évoque un retour ensemble vers la capitale. Mais l’imprévu surgit : une mule chargée de lourdes caisses bouscule Louise. Elle dévale la pente en roulé-boulé. Pas de rocher pour heurter sa tête, seulement des arbustes pour freiner sa chute. Une chance. Mais un fil barbelé lui entaille profondément la main. Soins de fortune sur le sentier, avec nos trousses de secours, en attendant la petite clinique de Lukla. Plus de peur que de mal.


Le soir, à Surke, exténués nous sommes embarqués dans une jeep. Notre jeune chauffeur, le cœur en peine, passe des heures à vanter les qualités de sa dulcinée. La nuit se fait dans une teahouse délabrée, à l’accueil peu chaleureux. Au milieu de la nuit, une souris me traverse le corps. Je hurle, balance les couvertures. Loïc, réveillé en sursaut, tombe de son lit dans un vacarme général.


À l’aube, un tambourinement brutal à la porte nous tire du sommeil. Le réveil est sans ménagement.

Suit une longue journée de jeep, puis une autre en bus, dans la poussière et le vacarme des moteurs. Le retour vers Katmandou est rude. Un peu de repose s’impose avant d’embarquer pour Delhi.